CATHERINE BOLDUC

Un matin de septembre, alors que je lisais un article dans le journal au sujet de récentes découvertes en astrophysique, j’ai fait l’expérience d’une étrange sensation de vide sous mes pieds. Comme si le sol s’était soudainement évaporé. L’article portait sur l’hypothétique « matière sombre », matière impalpable et invisible à l’œil nu qui composerait néanmoins 80% de l’univers. Apparemment, le monde n’était pas exactement ce que j’en avais toujours perçu. Ni même ce que j’en avais imaginé. L’espace autour de moi était dorénavant envahi d’une matière mystérieuse qui échappait à mon regard. J’ai poursuivi ma lecture et, peu à peu, le vide sous mes pieds s’est tranquillement rempli. Puis, cette sombre matière s’est mise à proliférer de manière exponentielle. Il m’a semblé que bientôt je n’arriverais plus à discerner le paysage environnant. J’avais perdu mes repères. Le projet Comment encadrer un paysage hypothétique fait suite à cette expérience déstabilisante. L'ensemble comprend une installation murale et des dessins grands formats composés de lignes sinueuses et de motifs ornementaux qui rappellent des chevelures ondulées, des encadrements baroques et des miroirs ovales. Mais ces « encadrements » et ces «miroirs», plutôt que de cerner un paysage reconnaissable ou de refléter une image de soi, invitent le regard à se perdre dans un foisonnement labyrinthique.  La réalité est ici envisagée comme une construction complexe, peut-être inquiétante, peut-être fabuleuse, dont les contours demeurent le plus souvent insaisissables.

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One morning in September, while I was reading an article in the newspaper about recent discoveries in astrophysics, I experienced a strange sensation of emptiness under my feet. As if the ground had suddenly evaporated. The article was concerned with hypothetical “dark matter”, an impalpable and invisible matter that composes 80 % of the universe nonetheless. Apparently, the world was not exactly what I had always perceived, nor even what I had imagined. The space around me was invaded from now on by a mysterious matter, which somehow escaped my glance. I pursued my reading and, bit-by-bit, the space under my feet quietly filled. Then, this dark matter began proliferating in an exponential way. It seemed to me that soon I would not manage to discern the surrounding landscape anymore. I had lost my marks. The project Comment encadrer un passage hypothétique is based on this destabilizing experience. It includes a wall installation and large scale drawings consisting of sinuous lines and decorative motifs, which resemble wavy hair, baroque frames and oval mirrors. But these “frames” and these “mirrors”, rather than framing a recognizable landscape or reflecting one’s self-image, invite the gaze to get lost in a labyrinthine profusion. Reality is here envisioned as a complex, maybe disturbing, maybe fabulous construction, by which outlines are left most of the time imperceptible.




Liste des oeuvres / List of works:


Images 1- 2 - 3 - 4 - 5 - 6:

Comment encadrer un paysage hypothétique, 2014, installation picturale in situ, vue d'ensemble de l'exposition, peinture acrylique, aquarelle et crayon aquarelle sur mur, bois et papier / site-specific painting installation, general view of the exhibition, acrylic, watercolor and watercolor pencil on wall, wood and paper, 250 cm X 400 cm X 125 cm 

 Galerie Thomas Henry Ross, Montreal


Image 7

Comment encadrer un paysage invisible, 2013, aquarelle, crayon aquarelle et acrylique sur papier / watercolor, watercolor pencil and acrylic on paper, 178 cm X 140 cm


Image 8

Portrait idéalisé, 2013, aquarelle, crayon aquarelle et acrylique sur papier / watercolor, watercolor pencil and acrylic on paper, 193 cm X 140 cm


Image 9

Moi et son double halluciné, 2013, aquarelle, crayon aquarelle et acrylique sur papier / watercolor, watercolor pencil and acrylic on paper, 196 cm X 140 cm


Image 10

Dystopie dans le miroir, 2013, aquarelle, crayon aquarelle et acrylique sur papier / watercolor, watercolor pencil and acrylic on paper, 193 cm X 140 cm


Image 11

Le crime de l'ornemaniste obsolète, 2013, aquarelle, crayon aquarelle et acrylique sur papier / watercolor, watercolor pencil and acrylic on paper, 193 cm X 140 cm


Image 12

Face cachée, 2014, crayon aquarelle sur papier / watercolor pencil on paper, 140 cm X 92 cm


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photos: Galerie Thomas Henry Ross, Guy L'Heureux

Comment encadrer un paysage hypothétique

(La matière sombre)