Catherine Bolduc

J’ai passé ma tendre enfance dans une banlieue. C’était l’époque où, enfants, nous jouions dehors, grimpions, tombions, s’éraflions les genoux, marchions pour aller à l’école, dévalions les rues à vélo sans casque, creusions des tunnels et construisions des forts en se lançant des balles de neige. C’était les années 70. Tout était permis et le rêve américain persistait dans les bungalows surchauffés. En banlieue, le confort rassurait les parents, la liberté ravissait les enfants.
Mais mon enfance banlieusarde n’est pas seulement faite de Tupperware, de piscines, de tondeuses et de souffleuses ; elle est aussi ponctuée de déménagements d’une région éloignée à l’autre : Abitibi, Outaouais, Saguenay. Et comme beaucoup de banlieusards, nos vacances estivales se traduisaient par une fuite de la banlieue vers la banlieue de la banlieue : le chalet. Nous pouvions rouler jusqu’à 700 kilomètres pour rejoindre celui du grand-père paternel en Abitibi. Dans le déplacement, quel qu’il soit, s’incarnait toujours une promesse : celle d’un ailleurs meilleur.

Si le voyage et l’ailleurs fantasmatique hantent ma pratique artistique depuis de nombreuses années, le chalet à Malartic, sa forêt, ses bouleaux et ses épinettes, son lac, ses poissons et son île aux mouettes y sont indéniablement pour quelque chose. 


​L'île aux mouettes, 2018, film polyester translucide, tables, lampes à DEL, ventilateurs, oiseaux artificiels, bibelots, poule naturalisée, assiettes, eau colorée, plumes, moteur, abat-jour en coquillages / translucent polyester film, tables, LED lamps, fans, artificial birds, trinkets, naturalized hen, plates, colored water, feathers, motor, shell lampshade, 304 cm x 304 cm x 215 cm, Triennale Banlieue! Là où se prépare le futur. Maison des arts de Laval, commissaires / curators : Julie Alary Lavallée, Jasmine Colizza, Nicole Thibault


Photos: Guy L'Heureux, Jean-Michael Seminaro

L'île aux mouettes